L’histoire de Salvert depuis près de 2 siècles se confond avec celle de la Congrégation Religieuse. La création de Salvert tel que nous le connaissons est le fruit de l’audace d’hommes et de femmes.
L’audace d’hommes et de femmes en recherche du sens donné à leur vie
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Celle des nombreuses Sœurs de Salvert qui se sont succédé depuis 1842 à Salvert, par leur décision de partager une vie commune entre femmes valides et non valides, au service de la fragilité humaine,
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Celle de Pauline Deauvilliers, fondatrice de la Colonie agricole et bienfaitrice des religieuses,
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Celle de l’abbé Gaillard[1], fondateur d’une congrégation improbable, d’un orphelinat, et personnage emblématique de l’institution, qui a marqué son époque par son humanité, ses recherches et ses combats
[1] Henri-Adolphe Gaillard est né à Poitiers le 5 février 1803. Il est atteint d'albinisme. Cette déficience physique lui fait connaître le rejet dès sa petite enfance. Elève doué et brillant, il deviendra prêtre en 1827. Tout à la fois scientifique et hommes de lettres, l'abbé Gaillard rédigera plusieurs ouvrages. Fondateur d'une Congrégation, sociologue voué à la cause de l'enfance en danger, pédagogue et pionnier dans la recherche agricole, il contribuera largement aux évolutions de son époque.
Lorsque la fragilité devient une force
L’histoire même des personnes venues fonder Salvert, celle du Père Gaillard et des premières religieuses donne un éclairage. Toutes ces personnes, avant d’arriver à Salvert, avaient fait l’expérience dans leur chair de la fragilité, de par une infirmité, le rejet, l’exclusion. C’est une « famille » qui s’installe à Salvert, mue par une foi commune, un langage commun, celui de l’Évangile.
Cette expérience est unique et profondément humaine. Elle va, de par ses origines non imitées, développer des couleurs particulières :
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Une identité ouverte, «à la frontière», soit, tout en étant attaché à sa foi, développer une dimension spirituelle respectueuse de toute autre croyance ou agnosticisme,
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Une attention à la dignité de la personne, celle reconnue à tout homme du seul fait qu’il soit né,
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Une manière apaisée de vivre la différence et de l’accepter,
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Une humilité dans la manière d’appréhender la responsabilité et les réalisations,
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Une pratique de la confiance donnée.
Cet esprit développé depuis l’origine a sans doute connu des vicissitudes, mais il est remarquable qu’il se soit transmis jusqu’à nous.
C’est sans doute le fruit de ces expériences individuelles et collectives qui ont permis, dès le départ, à ce groupe humain de vivre une utopie, de développer des compétences, et d’être souvent précurseur au service d’un engagement sociétal.
Au service d’un engagement sociétal dès l’origine
La recherche du sens donné à sa vie
La question de la recherche du sens donné à sa vie est consubstantielle de l’histoire des habitants de Salvert, de même qu’une simplicité de relation, ou encore la frugalité du mode de vie.
Cette question du sens s’est développée à Salvert avec une conscience affirmée de la fragilité de notre condition humaine, dans un monde qui fait tout pour l’oublier. Il s’agit là du témoignage de la fragilité, reconnue comme partie intégrante de chacun. Elle ouvre pour tous un chemin de développement de la personne. La toute-puissance du savoir est remise en cause. Chacun est amené à donner et à recevoir de l’autre, quel que soit son rôle.
Si cela a été possible, c’est sans doute parce qu’à Salvert, on avait à la fois les pieds dans la réalité et dans la profondeur de la Vie.
Ces intuitions peuvent être éclairées par des écrits de nos contemporains, philosophes ou psychanalystes :
« Vivre, écrit Maurice Merleau-Ponty, c’est reprendre à son compte quelque chose qui est là et qui s’appelle la vie, c’est participer à une œuvre universelle, c’est jouer son rôle à l’intérieur de ce tout. La vie t’a été donnée, fais en quelque chose…
Tu as reçu … redonne, ajoute Bertrand Vergely, sans jamais t’oublier toi-même. Ne refoule jamais la vie en toi. Nourris ton monde intérieur. Il faut avoir des rendez-vous avec soi-même. Sers-toi de tout. N’aie pas peur du changement et de la mort. Le sens fait de nous des défricheurs du monde.
La grande tâche qui s’annonce, c’est d’éduquer des êtres humains qui puissent supporter le chaos. J’entends le chaos intérieur, tonne Maurice Bellet ».
Une identité forte puisqu’elle a traversé les siècles…
La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ne date que de 1948 ; le regard de la société sur la personne fragilisée ou handicapée progresse véritablement depuis une dizaine d’années.
Relire toutes ces intuitions qui ont jalonné la route de Salvert à la lumière du rythme de notre société met en exergue l’audace des fondements de l’identité de Salvert. Cette identité forte, puisqu’elle a traversé les siècles, est restée discrète. En effet, Salvert est geste avant d’être parole.
Trois illustrations des fondements de ce qui a fait Salvert méritent d’être soulignées :
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Salvert, Lieu de passage habité par une communauté,
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Salvert, Lieu intergénérationnel,
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Salvert, Lieu d’asile.
Un lieu de passage, habité par une Communauté
Près de deux siècles après ses débuts au service de l’homme, Salvert poursuit son œuvre. Il s’agit toujours d’un lieu habité, et pas simplement du lieu d’exercice d’une profession. Cette donnée, toute anodine soit-elle en apparence, influence largement son atmosphère. En effet, que l’on soit de passage dans un lieu pour quelques heures, jours, mois ou années, la manière d’être reçu dans ce lieu est considérée importante. La « Maison » est un lieu structurant pour tout être humain.
Un lieu intergénérationnel
Des hommes et des femmes de tout âge et de toute profession, valides ou pas, se sont côtoyés et se sont succédé dans ce lieu de Salvert au côté des religieuses. Ils ont été boulanger, agriculteur, architecte, instituteur(trice), …
Ils y ont vécu, y ont travaillé, certains y sont décédés.
Cette fragilité partagée, celle qui suppose le besoin des autres, la conviction que l’on ne peut pas faire tout seul est certainement venue favoriser le lien social à Salvert.
Une terre d’asile au rythme de l’histoire et des évènements du monde
Salvert est une terre d’asile… On retrouve d’ailleurs cette expression dans des écrits du XIXème siècle : « l’asile de Salvert»
Plus près de nous, à compter de la seconde guerre mondiale, nous pouvons relever la contribution de Salvert à l’accueil de :
1939/1944 : familles réfugiées
1957/1975 : enfants d’Indochine, puis du Vietnam
À partir de 1975 : mamans en détresse avec leurs enfants
1975/1985 : enfants du Congo, Gabon et Cameroun
À partir de 1990 : personnes migrantes en demande d’asile
Salvert : lieu de vie, lieu de croissance, lieu de sens
Le 8 mars 2010, au sujet du Projet Institutionnel du Réseau associatif de Salvert, Sœur André-Hubert ouvrait par ces mots le tour de table réunissant à Salvert l’ensemble des autorités politiques concernées (Commune, Grand’ Poitiers, Canton, Conseil général) :
« Salvert n’est pas un lieu neutre. Il a été, il est le lieu d’une liberté… Son histoire, notre histoire en a fait une expérience originale. Il y a toujours soufflé une brise singulière et discrète pour dire à l’homme que tout était encore possible quand tout apparaissait perdu. Depuis deux siècles, Salvert a accueilli la fragilité humaine au travers les différents âges de la vie. L’orientation que nous voulons donner à ce lieu de Salvert porte une vocation sociale et économique. C’est la présence de la dimension spirituelle qui a permis de donner et garder le cap de l’institution. Salvert est une terre de fraternité. Cet enracinement, ce socle, nous souhaitons en favoriser la poursuite avec et au-delà de nous-mêmes, religieuses de Salvert. C’est pourquoi nous en imaginons le devenir avec une Communauté élargie à des Laïcs engagés à nos côtés et en lien avec le Diocèse. »
Ainsi, Salvert porte, en creux de son histoire, une dynamique d’Espérance.
SALVERT – Dates clés de l’Histoire récente |
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XIXème Siècle |
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XXème Siècle |
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05 fév. 1803 |
Naissance Henri Adolphe Gaillard à Poitiers |
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22 août 1835 |
Création Association de fidèles dans les murs de l’Hôpital Général à Poitiers |
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1837 |
Publication Recherche sur les enfants trouvés |
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10 août 1838 |
Lettre de félicitations d’Alphonse de Lamartine au P. Gaillard pour ses travaux |
Nov.1939 |
Stationnement d’un régiment de l’armée française pendant 1 mois |
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1839 |
Reconnaissance de la Congrégation Religieuse par le Diocèse de Poitiers |
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1841 |
Création de la Colonie Agricole par Pauline Deauvilliers |
1945 - 1995 |
La Ferme de Salvert – lieu d’insertion avec l’emploi d’ouvriers à capacités professionnelles réduites |
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Juillet 1842 |
Arrivée des Religieuses à SalvertCréation du double Orphelinat |
01 janv.1959 |
Création de la Maison d’Enfants de Salvert (MECS) |
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Oct. 1842 |
Création de l’Ecole |
1957 - 1975 |
Partenariat avec la FOEFI (Fédération des Œuvres de l’Enfance française d’Indochine) |
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1852 / 1856 |
Publication des histoires de Fortuné Bontemps par le Père Gaillard (Almanach du bon laboureur) |
1981 - 1991 |
Part active de la Congrégation avec l’ensemble des partenaires sociaux (DASS, CAF, BAS, Office HLM, CHSV, Pouponnière, ANPE, Planning familial, Délégué droits de la femme) concernés du département sur la question des femmes victimes de violence et maman en détresse |
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Mai 1854 |
Intervention du Père Gaillard en tant qu’expert à la chambre des députés en commission de préparation des lois sur le thème de l’enfance |
Déc. 1985 |
Participation à la création du comité de solidarité communal |
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18 juil. 1854 |
Congrégation Reconnue par décret impérial |
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21 mars 1859 |
Décès du Père Gaillard à Salvert |
18 oct. 1990 |
Création d’ADIFAS POITOU |
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1889 |
Découverte de fosses antiques à Salvert |
01 juil. 1997 |
Création de l’AMESHAG |
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XXIème Siècle |
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01 oct. 2001 |
Ouverture de la Résidence Cécile et Marie-Anne |
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01 avril 2003 |
Ouverture de l’Ehpad PUV Ste Anne |